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Entretien avec Bruno Rouillé

Bruno Rouillé à St Aignan en 2011Bruno Rouillé est un harmoniciste Nantais, que j'ai découvert il y a une petite dizaine d'années. Plus largemment qu'un harmoniciste, c'est un musicien! De l'harmonica il en joue exrêmement bien, mais il a une culture de la musique qui se ressent rapidement et laisse deviner son ouverture, ses influences multiples, la richesse de ce qu'il peut proposer. Habituellement je voyais plus l'harmoniciste, pour ce qu'il pouvait tirer techniquement d'un harmonica, avant le musicien de manière générale. Je vais de surprise en surprise en découvrant ses expériences passées, ses groupes, ses scènes et sa grande diversité dans les styles.
Je suis content aujourd'hui qu'il ait bien voulu se livrer dans cet entretien. D'autant que Bruno fait partie de rares harmonicistes qui m'ont soutenu dans mes activités autour de l'harmonica, en particulier sur l'agenda événementiel francophone. C'est avec d'autant plus de motivation que j'aborde l'entretien. C'est quelqu'un de sérieux, sur qui on peut compter... Il a le talent... En fait il en a plusieurs, multiples !!!... La rigueur, nombre de qualités. Pour moi il sait tout faire. Allez voir son site Internet, mais surtout allez voir, écouter ses projets pour le constater! Nombre de programmateurs peuvent trouver leur bonheur parmi ce qu'il peut proposer...

Patrice Rayon > Comment as-tu commencé la musique?
Bruno Rouillé >
J’ai commencé la musique enfant dans une école de musique municipale. J’y ai pratiqué en orchestre le Cor d’harmonie jusqu’à l’âge de 13 ans en cours préparatoire-1, validé par un examen, avec une première mention avec félicitation du jury, en pratique instrumentale. Ce fût la dernière fois que je jouai devant un jury et encore plus bénéficiai des félicitations d’un quelconque jury. Ca restera probablement l'unique fois. Je suis peu sensible à l’esprit de compétition, médailles ou autres coupes. D’ailleurs pour commémorer ça, un an après j’arrêtais la musique pour faire de la voile, avant de renouer avec une pratique musicale, en public vers 17 ans, comme harmoniciste.

PR > Des influences ? Peut être aussi dans ton entourage proche, familial, copains...
BR >
Gamin mon père m’avait emmené au premier festival inter celtique de Lorient. J’avais été fasciné par la cornemuse écossaise et les flûtistes irlandais.  Je suis devenu fan d’Alan Stivell mais aussi, grâce à la discothèque bien pourvue d’un oncle,  de Louis Amstrong et de Bill Halley dont le Rock around the clock était, sans que je le sache, une grille de blues. Ce qui m’a aidé par la suite lorsque j’ai entendu parler pour la première fois du Blues. J’avais aussi du côté de ma mère une famille où l’on chantait et dansait beaucoup, en français mais aussi en breton. J’ai d’ailleurs repris par la suite avec le groupe L’Ange Vert une chanson en breton, Son ar Scorv, que chantait mon Grand-Père maternel et enregistré par mon père à l’époque des premiers magnétophones à cassettes. En studio, ce "collectage" a été mis en début de morceau, en forme d’hommage.

Bruno au chant, chromatique et bombarde (Son grand-père en Intro)
Son ar Scorv  :

PR > D’où te vient ton intérêt pour l’harmonica ?…
BR >
Pour mes 12 ans mon père m’avait offert un harmonica trémolo sol/do de la marque Intermezzo et m’avait appris à jouer la gamme de do parce qu’il en avait eu un lui-même quand il était enfant. Mais avant de connaître le Marine Band à l’âge de 17 ans, j’aurais voulu un chromatique pour jouer « Il était une fois dans l’Ouest ». Le prix de l’instrument en a décidé autrement.

PR > Nombreux sont les artistes musiciens qui avaient une formation scolaire sans rapport avec la musique à l'origine.  C'est ton cas ? Tu as travaillé dans d'autres domaines avant ?
BR >
J’ai suivi un cursus philo-lettres au Lycée mais sans lendemain.

Son 1er harmonica
Sa 1ère méthode d'harmo

PR > A part la musique, l'harmonica, tu as des passions, des activités préférées ? D'autres que tu aimerais faire ?
BR >
J’ai une passion pour l’ornithologie mais que je n’ai plus le temps d’exercer depuis un certain nombre d’années. Faute de sortir la longue vue, j’entretien mon oreille chaque printemps à identifier les oiseaux à partir de leurs chants ou de leurs cris. Mais j’ai toujours une paire de jumelles dans la voiture. Autrement j’aime de plus en plus l’écriture, juste pour moi, depuis que je me suis mis en tête d’écrire des chansons au début des années 2000. C’est très relaxant. Cependant là aussi le temps me manque un peu. Je lis de la poésie régulièrement pour me nettoyer la tête. J’ai aussi adoré dessiner. J’avais pris des cours en conservatoire à Villejuif. Le prof’ était un Grec avec un charisme énorme. C’est d’ailleurs l’envie de peindre et dessiner des oiseaux qui m’y avait conduit.

PR > Tu as eu des références prédominantes côté harmonicistes, autre musiciens (groupes etc...) ?
BR > Le premier harmoniciste qui m’a révélé l’harmonica diatonique et la possibilité de l’utiliser dans différents styles est Jean-Jacques Milteau dans son vinyle « Spécial harmonica », pour le label Chants du Monde et l’album « Blues Harp » qui a forgé mon jeu (et qui était très critiqué par les puristes de l’harmonica blues, ce qui me faisait sourire intérieurement).
Ces deux disques m’ont fait connaître Charlie McCoy, Sonny Boy Williamson II, Little Walter et bien évidemment Magic Dick avec The J. Geils Band dont j’ai toute la discographie en vinyle.
L’album Chants du Monde de Sonny Terry a été aussi une révélation ainsi que John Mayall et son cultissime Room to move, Neil Young de l’album Harvest, l’introduction de « school » de l’album « Crime of the century », chef d’œuvre de Supertramp, plus tard Michel Herblin. Un autre harmoniciste fabuleux et inventif avec qui j’ai sympathisé est le Québécois Pascal Per Veillette. Tout ça est très éclectique.
Ensuite j’ai découvert Toots Thielemans et l’immense richesse du monde du chromatique. Je ne parlerai que du solo « Isn’t she lovely » de Stevie Wonder, le son phénoménal de Hugo Diaz, la subtilité de Mauricio Einhorn ou d’ Olivier Ker Ourio. Plus récemment, le compositeur français Eric Pénicaud m’a fait découvrir un harmoniciste exceptionnel en la personne d’Antonio Serrano, sur Youtube dans les derniers concerts de Paco De Lucia.

Vinyles qui accompagnent Bruno depuis 40 ans... La plupart sont cités ici (cliquer pour agrandir).




















En dehors de l’harmonica, qui ne fait pas partie de ce que j’écoute le plus il y a, en Jazz, Miles Davis, John Coltrane, Eric Truffaz, Ibrahim Malouf, Paolo Fresu, Roberto Fonseca, en classique, Ravel, les compositeurs français du XIXème siècle, Dvorak, Stravinsky, Pierre Henry, en Pop, Air, The Chinese Man, Parov Stelar (artistes que m’ont fait découvrir mes filles), en Chanson française, Bashung, Bertrand Belin, Jean-Louis Murat, Thiefaine, Deraime (première période) et puis les monstres sacrés historiques masculins ou féminin, en Musique du Monde, Tinariwen, Orchestral Baobab. Il y a aussi des compositeurs et orchestrateurs comme Lalo Schiffrin (dont je suis fan), Michel Colombier, François Rauber.

Composition pour diatonique et chromatique
Pleiben Alre :

PR > Es-tu autodidacte ?
BR >
En harmonica presque. Mais ma connaissance théorique de la musique m’a fait gagner beaucoup de temps.

PR > As-tu suivi des stages de musique ? Parfois c'est aussi l'occasion d'en faire découvrir à ceux qui lisent les entretiens...
BR >
Le dernier auquel j’ai assisté était un stage de blues à Monteton en 1985.

PR > T’arrive-t-il d’aller faire un tour dans des festivals d’harmonica hors de France ?
BR > Non, à part quand j’y suis programmé, ce qui est rare. Depuis que j’ai commencé au début des années 80, j'ai été programmé en tout et pour tout à deux reprises en festival d’harmonica et les deux fois  à Harmonica sur Cher (je salue Christophe Minier pour son esprit ouvert et curieux) entre 2007 et aujourd’hui. Je n’ai pas beaucoup de temps et je dois faire des choix financiers et privés. J’ai été programmé dans des festivals de guitare classique (plusieurs fois à Guitare en Picardie), de musique classique (cette année en septembre le Festi classique de Cognac en compagnie de lauréats des victoires de la musique classique) ou de musique du monde (plusieurs édition du Festival Inter celtique de Lorient, les Heures d’Eté à Nantes), de jazz et de blues (Les Rendez-vous de l’Erdre, Blues Passion de Cognac).

PR > Tu as joué avec un ou plusieurs groupes ? Dans des styles différents, y compris avec Eline Lequyer de la compagnie de marionnette « Niouton Théâtre » ? Tu te classerais dans un style plus qu’un autre ? Tu as l’air ouvert à de nombreux projets très variés… En passant je viens même de te voir avec un groupe de métal (La vidéo est ici)…
BR > Il s’agit du groupe Enlightened qui est un groupe de Stoner-metal français. Pour moi l’harmonica a toujours été un moyen de faire de la musique et pas un but (peut-être la raison pour laquelle je ne suis pas un familier des festivals d’harmonica...) Ai-je choisi l’instrument ou est-ce lui qui m’a choisi ? En tout cas, j’aime la Musique et j’adore comprendre comment elle fonctionne. Ainsi quand j’ai décidé de jouer de la musique traditionnelle bretonne, j’ai appris à danser gavottes, plinn, ronds, andro, hanter-dro et autres laridées pour comprendre le système des temps forts qui caractérise cette musique. Cette approche intellectuelle m’a été d’un grand secours pour la création du spectacle de marionnette et pour répondre aux exigences d’Eline Lequyer. En outre ma curiosité pour les harmonicas d’orchestre et l’exploration de leur potentiel musical ont été fondamentales.

Avec Bill Deraime. Expérience Marquante !

J’ai aussi joué en duo avec le guitariste et chanteur franco-américain Paul Breslin (qui jouait alors avec Eddy Louis dans le projet « Multicolors feeling fanfare ») dans un répertoire plus proche de la country et du jazz que du blues. Mais c’est mon passage en 1993 chez Bill Deraime qui a été le plus marquant. Surtout lorsque je me suis retrouvé sur scène à jouer les parties de Milteau que je relevais, quand j’avais 18 ans, le doigt sous le bras de l’électrophone, sur les sillons de l’album « Plus la peine de frimer ». Les deux premières tournées françaises de Neal Black ont été aussi une super expérience.
Autrement, avant de jouer de la musique classique avec Cyrille Simon j’ai, pendant un temps, mis l’harmonica entre parenthèses pour écrire et composer des chansons. Mon approche et mon grand jeu étaient d’écrire d’abord les textes en m’imposant des formes propres à la poésie et, à partir de là, tailler une musique et un univers musical sur mesure. C’était passionnant.

PR > Dis moi, tu joues (bien) d’à peu prêt toutes les familles d'harmonica ?!!!! Tu les as tous appris en autodidacte ?
BR >
Pour être précis, je joue de certains harmonicas mieux que d’autres. Du moins j’ose croire qu’on voit à peu près desquels il s’agit.
J’ai été initié à la basse par un harmoniciste nantais qui, étant lui-même contrebassiste, m’a appris à construire une ligne de basse. La connaissance de la théorie et mon passage en classe de jazz au conservatoire de Nantes, où j’ai étudié l’harmonie, a fait le reste.
L’harmonica « basse » est un instrument fascinant par la taille et le son.  


Ange Vert au Bataclan
Il a toujours été un objet de curiosité pour les techniciens du son que j’ai pu croiser.  On a petit à petit découvert que les micros qui convenaient le plus à l’instrument étaient ceux utilisés pour la grosse caisse ou le tom basse. Mais ma maîtrise technique de l’instrument est sans commune mesure avec celle de certains instrumentistes. Je suis un honnête bassiste, mais je l’utilise dans des contextes musicaux qui n’ont rien à voir avec ceux des trios classiques et je l’utilise d’une façon plutôt inédite puisque j’exploite ses possibilités polyphoniques.
Pour le « chords », il suffit de savoir ce que sont un accord et une cadence.

PR > Joues-tu d'autres instruments ? Je sais que oui…en fait mais tu pourrais nous en parler ?
BR >
J’ai pratiqué comme je le disais plus haut le Cor d’harmonie en orchestre puis, lorsque j’étais à Paris à la Mission Bretonne, j’ai pris des cours de bombarde (le haut-bois breton), des cours de chant traditionnel breton (kan ha diskan). J’ai aussi écrit des arrangements pour un bagad et dirigé comme pen-sonner (chef d’orchestre breton). Ces pratiques en plus de l’harmonica ont été mon ticket d’entrée dans le groupe de rock L’Ange Vert.
Dans les années 2000, j’avais décidé d’écrire et composer et je m’étais mis aussi à travailler un minimum la guitare (bien qu’une de mes chansons ait été composée depuis le piano, de façon très sommaire, je ne suis pas du tout pianiste !). Ca m’avait même permis d’en jouer sur scène dans deux chansons.

PR > Que penses tu de l'évolution de l'harmonica en tant que instrument et aussi des techniques de jeu... par exemple l'engouement pour les overnotes au diatonique...
BR >
Je trouve qu’il y a une créativité extraordinaire depuis quelques années et un niveau technique exceptionnel. La technique des overnotes y contribue beaucoup depuis que des musiciens comme Howard Levy ou Michel Herblin ont ouvert la voie dans les années 80. Il ne faut pas oublier non plus le travail de recherche sur l’instrument de quelqu’un comme Jean Sabot. A part ça la technique des over-notes est une évolution normale de l’instrument mais ne constitue pas pour autant un alpha et un oméga. Il faut juste que cette technique soit connue par tout harmoniciste moderne. Mais cette technique suppose que l’harmoniciste s’intéresse un minimum à la théorie musicale.

PR > Tu as connu les tous débuts des cours d’harmonica à Utopia je crois, les masterclasses de Jean-Jacques Milteau….
BR >
Je n’ai jamais assisté à un Masteclasse à l’Utopia. J’en ai animé un, assez catastrophique. Je ne savais pas quoi faire, dire et ce que je pouvais apporter à ceux qui y assistaient.
J’ai surtout connu l’Utopia parce que j’y étais programmé régulièrement entre 1985 et 1993 dans diverses formations et en particulier avec le guitariste Alain Vazart.

PR > T'intéresses tu beaucoup à tout ce qui est effets, amplis, micros? Tu veux bien nous dire ce que tu utilises habituellement comme matériel ? 
BR >
Pendant quelques année j’ai fait un rejet des effets après en avoir utilisé beaucoup et mal, à la charnière des années 80-90. J’avais décidé de mettre les compteurs à zéro pour travailler (et non pas retravailler) le son naturel et le phrasé.
Depuis deux ans je les réintroduis dans des contextes qui me paraissent convenir à leur utilisation. Je n’utilise pas d’ampli à lampe au son trop typé. J’utilise un AER avec un pédalier constitué d’une Lone Wolfe Harp-breaker, quelquefois couplée avec une Big Muff (fabrication années 70) pour un certain type de disto, d’une pédale Wa-wa qui est un engin fabuleux (l’idée m’est venue à l’écoute de Miles Davis et Eric Truffaz), une delay analogique que j’avais acheté dans les années 80, pour certains passages qui peuvent s’y prêter et un shure 545sd avec un potard de volume Hohner. Mais j’ai toujours un micro sur pieds pour le son pur.
L'instrument a aussi son importance. Raison pour laquelle j'ai un un Goden Melody et un Crossover pour les tonalités sol, la, do et fa. Ces deux harmonicas proposent un univers sonore différent, que ce soit en son saturé ou purement acoustique.

PR > Tu lis le solfège… Avec le diatonique tu as une méthode pour jouer sur des partitions en notation solfège. Je ne suis pas certain de me souvenir si tu utilisais le diato avec Cyrille Simon par exemple ?
Duo avec Cyril SimonBR >
Avec Cyrille Simon je n’utilise que le chromatique (SX64 ou Sirius64). Le seul et bref essai fait avec un diatonique s’est révélé, d’un commun accord, sans intérêt. Il n’y que le chromatique 64 qui me donne de la réserve en puissance et de l’homogénéité dans le phrasé et le son, quelque soit l’octave dans laquelle je joue. L’exécution de certaines pièces au diatonique comme les quatre mouvements de « L’Histoire du Tango » relèverait plus du numéro de cirque que de la musique. Sans compter les trésors que révèle l’utilisation du sélecteur pour aborder certaines gammes sous différents angles, la possibilité d’effectuer de vraies trilles que je commence aussi à travailler dans la rapidité d’exécution des aspirés-soufflés combinés aux déplacements. Les possibilités polyphoniques m’ont aussi conduit à travailler de plus la langue pour jouer alternativement ou ensemble les tierces, quartes, quintes, le legato entre des notes séparées par un ou plusieurs trous.
Je constate qu’à chaque nouvelle partition, quelle soit écrite pour l’harmonica (comme s’est le cas pour celle que nous a dédié Christophe Leu pour les éditions d’Oz) ou pour un autre instrument soliste, je passe de plus en plus de temps à penser ma partition et à l’annoter comme peuvent le faire un violoniste, un guitariste ou pianiste qui notent leur doigtés. Je m’astreins à respecter, autant que faire se peut, le compositeur, pour ne pas le trahir.

En ce qui concerne le solfège et le diatonique, je pense qu’il faudrait un jour convenir d’un système transpositeur comme pour les cuivres. Les partitions de la famille des saxophones sont par exemple écrites comme s’ils étaient tous en do. On devrait faire la même chose avec les diatoniques. Quelque soit la tonalité de l’instrument on écrit pour un harmonica en do et on indique quel harmonica doit être utilisé par rapport à la tonalité réelle du morceau. Il n’y aucun instrument qui oblige à raisonner dans 12 configurations différentes. C’est une perte de temps et d’énergie.
Les indications, du type tablatures, ne sont utiles que pour indiquer l’utilisation du sol soufflé ou aspiré et lorsque le système de l’overnote permet des doublons comme dans le jeu de Sébastien Charlier qui en a une maîtrise hors du commun.
En bref, je suis partisan d’une pratique minimum du solfège qui est un système universel. Il faut se rendre compte qu’un tout petit signe placé sur une portée donne à la fois deux informations fondamentales pour la musique : la hauteur de la note et sa valeur dans le temps, y compris pour un silence. C’est quand même génial !
En face, on a plusieurs systèmes qui combinent des sigles, des chiffres, des lettres, des quadrillages qui ne donnent qu’une seule information : la hauteur de la note (encore heureux qu’on sache qu’il faut lire de gauche à droite !). En outre s’impose l’assistance d'un support supplémentaire, un artefact, pour écouter une série de chiffres et de sigles afin d’avoir leur valeur dans le temps. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…
Je n’oublie pas pour autant le travail de l’oreille et de la mémorisation qui est une approche spécifique que j’utilise avec mon élève et qui est trop marginalisé par la pédagogie institutionnelle française. Je dissocie les deux systèmes d’apprentissage, qui ont pour moi la même valeur, pour un but unique qui est l’acquisition de la musicalité.
C’est un avis que je me suis forgé à travers mes diverses expériences. Mais je comprends que certains ne partagent pas le même point de vue.

PR > Vas-tu souvent dans des événements autour de l’harmonica, sans y être forcément invité pour jouer ?  Ca te tente ?
BR >
C’est une question d’emploi de temps, d’argent et de vie privée qui m’impose de faire des choix et ceux-ci ne me permettent pas, à mon grand regret, d’assister à ce genre d’évènement, sauf s’ils se déroulent en région nantaise. Ce qui s’est déjà produit.

PR > Tu as fais combien de CD ?
BR > Entre ceux dans lesquels j’ai été invité, ceux dans lesquels j’étais coproducteur, distribués ou pas par un label je dirais entre 12 et 15.



PR > Peux-tu nous parler des différents groupes et projets auxquels tu participes ou avec qui tu as participé ?
BR >
Je vais aller à l’essentiel. Les formations qui ont abouties à la production d’un album (sous label ou pas) et respecter une certaine chronologie.
Je mets à part des expériences particulières comme le spectacle de marionnettes ou des expériences occasionnelles comme Bill Deraime et Neal Black.
Le groupe le plus important a été le groupe de rock celtique L’Ange Vert. Un groupe de musiciens argenteuillais tous descendants de bretons à divers degrés. J’y jouais de l’harmonica (diatonique ou chromatique), de la bombarde, du tin whistle et je chantais les quelques chansons en breton du répertoire qui était autrement un répertoire de compositions en français.
Le groupe Thoma, de chanson française dans lequel j’utilisais sur scène l’harmonica basse pour faire une basse authentique qui prenait le relais de celle que faisait le guitariste électrique.  Il y a quelques vidéos tournées au TNT à Nantes.
Mon duo avec le guitariste classique Cyrille Simon fait partie de ce qui me tient le plus à cœur parce qu’il est aussi ce que j’ai fait de plus original et expérimental jusqu’à maintenant.
Ma collaboration avec Gwen Saliou (alias Eric Vasse ex-chanteur du feu groupe l’Ange Vert) est jubilatoire parce qu’on ne se met aucune barrière stylistique. On fait ce qui nous plait et on a de comptes à rendre qu’à nous même et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas. Je m’éclate à porter un soin particulier à chaque partie d’harmonica en allant puiser dans ma culture musicale et dans les différents types d’harmonica que je pratique.
J’ai d’autres projets en vue, en classique ou jazz-blues mais qui en sont encore à l’état d’ébauche.

PR > Tu fais du studio aussi je crois… Souvent ?
BR >
Ma première participation à un enregistrement en studio date de 1994. C’était pour le disque « Parallèles » de la harpiste bretonne Anne-Marie Jan, produit par le violoniste breton Pierrick Lemou (pour l’anecdote c’est lui qui me fit adhérer à SPEDIDAM) et distribué par Keltia Musique.

Titre joué aux côtés de la harpiste bretonne Anne-Marie Jan...
New blues :

C’est Pierrick Lemou qui m’offrit ma deuxième participation à un enregistrement studio pour son album « Kalon Koad », distribué par « L’Autre Distribution », sur un thème breton et irlandais.
Puis il y a eu les quatre albums du groupe L’Ange Vert distribués à ce jour par le label Musea, dont le quatrième enregistré en public dans un « Café de la Danse » (Paris) qui affichait complet ce samedi soir là (un motif de fierté et de satisfaction énorme).
Avec Patrick VerbekeEn 2000, j’ai enregistré avec mon ami Dan Inger, chanteur franco-portugais, pour son album « Atlantico », distribué par Next Music. Il m’avait demandé d’écrire et jouer un arrangement pour la flûte et la bombarde en compagnie d’un joueur de guitare portugaise, sur des paroles en portugais, pour une de ses chansons (c’est d’ailleurs la dernière fois que j’ai joué de la bombarde). Sur cet album
(Lien Deezer), j’ai aussi joué mon premier solo au chromatique sur le titre "Casaria" (2ème minute). Pour ce projet, Dan Inger avait invité quelques personnalités comme la chanteuse Lio mais aussi Patrick Verbeck avec qui je joue le blues de l’album « Rei do blues ». Dan Inger m’a aussi invité à jouer sur un disque enregistré en public au « Belvédère » à Champigny sur Marne en compagnie de Jean-Luc Reichmann, l’animateur télé, qui a une très belle voix grave et qui est extrêmement sympathique (Vidéo).

PR > On est souvent tenté de classer ou cantonner les musiciens dans des styles… Et toi ?
BR >
Je me classe dans le style de l’artiste avec qui je joue au moment où je joue avec lui. Je suis un électron libre. Ou alors, musique du monde, variété ou musique variée ? Je suis surtout musicien.

PR > Tu as des projets en cours ? Pas forcément liés à l'harmonica...
BR >
Oui, aller en vacances en Argentine avec ma compagne.

PR > Tu viens de renouveler ton site, tes « niousletter » sont très bien tournées et tu es l’un des meilleurs soutiens de l’agenda événementiel d’harmonica… Les artistes, ne sont pas toujours très au fait de l’importance Internet et des réseaux sociaux pour parler de leurs projets. C’est difficile de parler pour les autres, mais t’expliques-tu quelles pourraient être les raisons qui peuvent bloquer un artiste sur la mise en œuvre d’une communication sur Internet ?
BR >
Elles sont sans doute les mêmes que celles du restant de la population. Personnellement, je n’ai pas les moyens de payer quelqu’un pour administrer ma comm’ sur mes différents comptes. Je m’y suis donc mis et comme pour la musique, j’aime comprendre comment ça marche. Mais aussi, je n’ai pas peur de me planter, de ne pas comprendre tout de suite et d’avouer mon ignorance ou mes limites dans certaines situations.
Mais sur un autre plan, en regard de ce que l’actualité nous dit, je pense qu’il serait temps que les femmes et les hommes de bonne volonté de ce pays et de cette planète s’y intéressent et s’y investissent massivement pour ne pas laisser le champ libre au pire. Il s’agissait d’une technologie développée au départ par des universitaires pour partager les connaissances. Il faut rétablir l’équilibre. Fin de la digression.

PR > Selon toi, qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à faire un métier artistique ?
BR >
L’envie et le besoin de créer, se sublimer et partager collectivement un moment esthétique, fortuit et donc unique.

PR > Merci Bruno pour cet entretien et d'avoir bien voulu te livrer autant...
BR >
Bravo à toi Patrice, pour l'immense travail que tu consacres à faire connaitre notre instrument et ses instrumentistes au plus grand nombre.

Références sur Internet

Bruno Rouillé: http://webrouille.wix.com/bruno-rouille

Sound cloud: https://soundcloud.com/bruno-rouill-1

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